Renforcer la connaissance et les actions des projets alimentaires territoriaux du Grand Est pour réduire l’empreinte carbone de l’alimentation
Les projets alimentaires territoriaux (PAT) ont l’ambition de fédérer les différents acteurs d’un territoire autour de la question de l’alimentation, contribuant ainsi à la prise en compte des dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé de ce territoire. Ils sont donc au croisement de différents enjeux, dont le climat. Si la réduction de l’empreinte carbone de l’alimentation s’impose comme un objectif partagé, sa traduction opérationnelle à l’échelle locale reste souvent délicate : par où commencer ? Quels leviers activer ? Comment agir sans compétence directe ?
Enseignements et repères issus de l’accompagnement de territoires du Grand Est
Comment traduire les enjeux climatiques dans un PAT de façon concrète et opérationnelle ? Pour répondre à cette question, la DRAAF Grand-Est a confié au bureau d’études CERESCO un accompagnement « formation-action » auprès de six PAT volontaires de la région, sélectionnés dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt. Ces territoires ont bénéficié d’un accompagnement structuré alliant apports méthodologiques, retours d’expérience et travaux collectifs.
Cette formation-action a été organisée autour de trois temps : comprendre « ce sur quoi agir », identifier « ce sur quoi on peut agir », puis définir « ce que l’on veut faire ». Ce travail a permis de capitaliser des méthodes, des outils et des enseignements directement issus des expériences des chargés de mission PAT.
Les éléments présentés sont issus de cette expérience collective. Ils ne constituent pas un guide « clé en main », mais des repères pour aider d’autres territoires à intégrer progressivement les enjeux climatiques dans leur stratégie alimentaire.
Replacer l’alimentation au cœur de la question climatique
Réduire l’empreinte carbone de l’alimentation implique d’aller au-delà des seuls comportements individuels. L’essentiel des émissions provient en effet de la production agricole elle-même : élevage, fertilisation des cultures, fabrication des intrants ou encore changements d’usage des sols. En effet, sur les 163 Mt d’équivalent CO2 émis chaque année par nos pratiques alimentaires, environ 66% proviennent bien de la production agricole (France et Import). Autrement dit, agir sur l’alimentation suppose aussi d’agir sur les systèmes agricoles.
Dans ce contexte, les PAT constituent un levier stratégique. En intervenant sur la consommation, la restauration collective, les filières territoriales ou le foncier agricole, les collectivités territoriales peuvent influencer durablement les dynamiques agricoles et alimentaires de leur territoire. Cependant, cela nécessite de disposer d’une vision claire des enjeux locaux et des marges de manœuvre réelles.
Partir d’un diagnostic partagé pour objectiver les priorités
L’un des premiers enseignements de l’accompagnement est l’importance de l’objectivation. Les sujets agricoles et climatiques sont complexes et parfois sensibles. S’appuyer sur des données chiffrées permet de dépasser les représentations et de créer un socle commun de discussion.
Des outils comme ClimAgri® permettent ainsi d’estimer les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture d’un territoire, d’évaluer le rôle des sols, des prairies ou des forêts dans le stockage du carbone, et d’identifier les principaux postes d’émissions. Ces analyses montrent que les profils diffèrent fortement selon les territoires. Effectivement, certains sont davantage marqués par l’élevage, d’autres par les grandes cultures et l’usage d’engrais azotés. Les enjeux et les leviers d’action ne sont donc jamais identiques.
Ce diagnostic climatique gagne à être croisé avec le diagnostic agricole et alimentaire du PAT, afin de prendre en compte les dynamiques de filières, acteurs, bassins de consommation, dépendances aux importations. Cette mise en perspective permet de relier les émissions aux réalités économiques et organisationnelles du territoire.
Hiérarchiser pour rendre l’action lisible et efficace
Face à la diversité des enjeux, la tentation peut être de multiplier les initiatives. L’expérience des territoires accompagnés invite au contraire à la priorisation. Se concentrer sur quelques axes stratégiques clairement identifiés facilite la mobilisation des partenaires, la lisibilité politique et la recherche de financements.
Selon les contextes, les priorités diffèrent : évolution des régimes alimentaires, transformation de la restauration collective, soutien à des systèmes de production moins dépendants des intrants, préservation des prairies ou protection du foncier agricole. L’essentiel est que ces choix découlent directement du diagnostic et des spécificités territoriales, plutôt que d’une liste d’actions standardisée.
S’appuyer sur les compétences existantes plutôt que créer de nouveaux dispositifs
Cette étude met en évidence un point central : les collectivités ne disposent pas d’une compétence agricole de plein droit. Leurs actions passent donc par des leviers indirects (économie, aménagement, environnement, sociale et santé) . Les enjeux climatiques peuvent ainsi être intégrés dans des politiques déjà en place, afin de déployer des projets indirectement liés.
Par exemple :
- Une stratégie de protection de la ressource en eau peut encourager des pratiques agricoles moins émettrices.
- La restauration collective peut devenir un levier pour faire évoluer les régimes alimentaires et structurer des filières locales.
- Les politiques foncières peuvent limiter l’artificialisation et préserver des terres à fort potentiel de stockage carbone.
Le climat ne constitue alors pas un volet supplémentaire, mais un fil conducteur qui oriente l’ensemble des décisions publiques liées à l’alimentation et à l’agriculture.
Faire du PAT un espace de coordination et de dialogue
La réussite de ces démarches repose largement sur la gouvernance. Agriculture, alimentation, environnement, aménagement, santé, précarité alimentaire, ou encore développement économique relèvent de services et d’acteurs différents. Ainsi, la coordination de ces acteurs, avec une gouvernance interne et externe est indispensable afin que les actions ne restent pas fragmentées. Les territoires accompagnés ont souligné l’intérêt de partager les diagnostics, d’associer largement les partenaires agricoles et alimentaires, et d’utiliser les instances du PAT comme lieu de débat et de construction collective. Cette co-construction entre acteurs favorise l’appropriation des enjeux climatiques et permet de construire des réponses adaptées, sans stigmatisation, et en limitant les oppositions.
Le PAT apparaît ainsi comme un cadre pertinent pour articuler politiques publiques, divers acteurs et objectifs climatiques.
Une démarche progressive, adaptable à chaque territoire
L’expérience menée dans le Grand Est montre que l’intégration du climat dans un PAT ne repose ni sur une méthode unique, ni sur une expertise exclusivement technique. Elle s’appuie sur une démarche progressive : comprendre son territoire, objectiver les enjeux, partager le diagnostic, prioriser les actions et inscrire la transition dans les politiques existantes.
Cette approche pragmatique permet à chaque collectivité d’avancer à son rythme, en fonction de ses compétences et de ses ressources, tout en contribuant concrètement à la réduction de l’empreinte carbone de l’alimentation.
L’étude réalisée constitue ainsi un appui pour engager la réflexion et outiller l’action. Et elle offre des repères utiles à tous les territoires qui souhaitent faire du climat une composante à part entière de leur stratégie alimentaire.
L’étude complète est disponible ci-dessous.
Vous y trouverez à l’intérieur :
- Les enjeux et concepts clés, dont le cadre réglementaire et stratégique.
- Le diagnostic des émissions de GES liées à l’agriculture et l’alimentation (national, régional, et des PAT accompagnés).
- Les principaux leviers pour atténuer les émissions et les difficultés de traduire des leviers techniques en actions opérationnelles.
- Comment intégrer les enjeux climatiques dans un PAT : poser un diagnostic, identifier et prioriser les leviers, projeter et organiser son action dans le cadre territorial.
Le webinaire de restitution de l’étude est visionnable via le lien suivant : https://webinaire.bbb-dinum-scalelite.visio.education.fr/playback/presentation/2.3/ed28163e1c78cc32d08c5304f7f3e71a44359020-1759390813044
Contact : sral.draaf-grand-est@agriculture.gouv.fr
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