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Zéro glyphosate dans les unités INRAE : objectif atteint en 2021

Les démarches de l’Unité d’Expérimentation Agronomique et Viticole de l’INRAE de Colmar pour proscrire l’utilisation du glyphosate sur son domaine

Lionel LEY,
Directeur de l’UEAV de l’INRAE

L’Unité d’Expérimentation Agronomique et Viticole (UEAV) gère 12 ha de vignes sur 3 sites (Colmar, Wintzenheim et Bergheim). La plupart de nos activités sont celles qu’on retrouve dans une exploitation viticole, y compris la vente de vin en bouteille, puisqu’une part importante de nos ressources en est issue, mais s’ajoutent bien sûr des activités propres à l’expérimentation. Celles-ci viennent en support et participent aux recherches de l’INRAE qui concernent l’innovation variétale (phénotypage, sélection variétale) et l’évaluation agro-environnementale (évaluations multicritères d’itinéraires culturaux).

- Enjeux techniques et environnementaux

Comme la plupart des viticulteurs, nous sommes sensibles à la forte pression sociétale qui concerne l’utilisation des pesticides et nos pratiques sont en évolution depuis de nombreuses années, notamment par l’utilisation accrue de solutions de biocontrôle, mais également grâce à la plantation de variétés résistantes, qui représentent aujourd’hui 12% de nos surfaces. Nos actions se sont traduites par une forte diminution de nos IFT viticoles (environ -70% pour l’IFT hors biocontrôle entre 2012 et 2020) et par une certification HVE depuis 2018. Cette année, nous nous sommes engagés dans une démarche SME (Système de Management Environnemental).

La principale difficulté à réduire notre impact environnemental réside dans la limitation des herbicides. En effet, nos contraintes technico-économiques sont du même ordre que celles des viticulteurs alsaciens : accessibilité du cavaillon, temps de travail, coteaux avec dévers et stress hydrique accentué par un climat semi-continental. Mais à ces contraintes s’ajoutent celles inhérentes à l’expérimentation : préservation de ressources génétiques uniques non répétées et nécessité d’homogénéité dans nos essais factoriels.

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Paillage de plaquettes forestières (photo : L. Ley)

“En 2018, la Direction Générale de l’INRAE a demandé l’interdiction de l’utilisation du glyphosate dans l’ensemble de ses unités à partir de fin 2020 ”

Compte tenu des investissements que cela a impliqué, et parce que les autres solutions herbicides n’égalent pas de loin l’utilisation du glyphosate, nous avons décidé d’aller plus loin et de proscrire tous les herbicides en viticulture.

Pour évoluer, nous nous appuyons surtout sur les enseignements tirés de nos expérimentations financées par Ecophyto et Dephy Expé. L’une d’elle, dans le cadre du projet Viglyfree, porté par l’EPLEFPA de Rouffach et s’appuyant sur un réseau d’expérimentation et de démonstration national, consiste à expérimenter et évaluer différentes alternatives au glyphosate, notamment le travail interceps, le paillage et le semis sous le rang.

- Démarche mise en œuvre et résultats

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Travail interceps (photo : L. Ley)

A l’échelle du domaine, notre stratégie principale consiste à tirer bénéfice des engrais verts sur l’interrang (mélange légumineuse-céréales roulé au printemps) et à utiliser des outils interceps pour tenter de maintenir le cavaillon propre. L’itinéraire-type consiste en un buttage à l’automne ou en sortie d’hiver, un décavaillonnage et au moins deux travaux superficiels. L’outil le plus utilisé est l’étoile bineuse, peu coûteux et qui permet une vitesse d’avancement importante. L’acquisition d’autres types d’outils (disques crénelés, interceps équipés en rasettes) reste nécessaire pour niveler le cavaillon, pour gérer la diversité des sols, des conditions climatiques, des adventices et pour pallier aux interventions trop tardives (têtes de fauche, voire désherbage manuel). Afin d’éviter les trop nombreux dégâts sur les ceps lors du décavaillonnage, nous avons également acquis une interface d’assistance au guidage (Guidamat) en 2020.

Ces changements ont nécessité un investissement matériel de l’ordre de 30k€ et nécessitent un surcroît de travail d’environ 200h/an (pour une exploitation de 12 ha), travail relativement pénible de plus.

Malgré les moyens mobilisés, il subsiste d’importantes difficultés. Le principal problème technique concerne l’opération délicate de décavaillonnage, opération impérative, car buttage et binage impliquent un apport de terre sur le cavaillon, qu’il faut niveler. Cette opération occasionne trop de blessures et arrachages de ceps. L’utilisation du Guidamat (assistance au guidage) permet de sécuriser l’opération, mais n’est pas suffisante dans nos parcelles les plus en dévers. De plus, si cet outil permet une correction latérale de la trajectoire, il n’ajuste pas l’outil verticalement : en cas de dévers, l’outil travaille trop profondément d’un côté et insuffisamment de l’autre, ce qui nécessite deux passages consécutifs, dans les deux sens. Enfin, les jeunes plantations sont particulièrement difficiles à désherber mécaniquement sur le rang, car elles sont fragiles (car non encore attachées aux fils) et peu enracinées. Le double-tuteurage est une solution, mais il subsiste des destructions de plants. Pour toutes ces raisons, nous envisageons l’acquisition d’un cadre-outil enjambeur disposé à l’avant du tracteur, afin de diminuer l’impact du dévers et afin d’avoir une vision du travail en cours.

- Du côté des innovations

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Paillage tissé d’amidon de maïs (photo : L. Ley)

En termes de perspectives, on peut fonder quelques espoirs sur la robotique, qui pourrait permettre un travail minutieux et précis, de nuit comme de jour. Pour l’instant, en attendant d’acquérir plus de références technico-économiques, les principaux freins sont le coût, la dépendance technologique accrue et les verrous réglementaires à l’autonomie complète.

Une autre alternative intéressante, surtout pour les jeunes plantiers, me paraît être le paillage que nous testons actuellement. Il s’agit d’un paillage tissé constitué d’amidon, dont la durée de vie annoncée est de 7 à 10 ans. Ses inconvénients sont cependant le coût, la difficulté de pose pour des vignes en place et l’actuel frein réglementaire au niveau du cahier des charges AOP Alsace, qui assimile ce paillage à un bâchage.